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ACTH du cheval : dépister le PPID, saison comprise

Publié le 28 août 2026 · 6 min de lecture

Le dysfonctionnement de la pars intermedia de l'hypophyse touche environ un cheval adulte sur cinq, et bien davantage passé vingt ans. Le diagnostic repose presque toujours sur un seul chiffre : la concentration plasmatique d'ACTH. Ce chiffre a une particularité que beaucoup de comptes rendus oublient de rappeler, et qui suffit à faire conclure de travers deux fois par an.

Ce que mesure l'ACTH, et pourquoi c'est ce paramètre

La maladie vient d'une dégénérescence des neurones dopaminergiques de l'hypothalamus. La dopamine freine normalement la pars intermedia de l'hypophyse ; quand ce frein lâche, la région s'hypertrophie puis se transforme en adénome, et sécrète en excès les dérivés de la pro-opiomélanocortine. L'ACTH est l'un d'eux, c'est le plus facile à doser, et sa concentration suit correctement les signes cliniques.

D'où l'usage : une ACTH plasmatique augmentée sur un cheval qui présente les bons signes vaut confirmation. C'est aussi le paramètre que l'on suit ensuite, année après année, pour juger d'un traitement.

Les signes qui doivent faire doser

L'hypertrichose, ce poil long qui ne tombe pas au printemps, reste le signe le plus spécifique. Il est aussi le plus tardif : attendre de le voir revient à diagnostiquer une maladie déjà installée depuis des années.

Les motifs plus précoces sont moins spectaculaires. Une fourbure qui récidive sans excès alimentaire pour l'expliquer. Une ligne du dos qui se creuse alors que l'abdomen s'arrondit. Une transpiration anormale, localisée ou généralisée. Des abcès de pied ou des infections cutanées qui reviennent. Une léthargie que le propriétaire met sur le compte de l'âge. Un retard de mue de quelques semaines, avant même que le poil ne devienne franchement long.

Chez un cheval de plus de quinze ans, deux de ces éléments justifient un dosage.

Les seuils, et le décalage d'automne

Voici les valeurs d'interprétation du test ImMScan. Le point important tient en une ligne : le seuil d'automne est trois fois plus haut que celui du reste de l'année.

PériodeNormalAnormal
Hors automne< 25 pg/mL (< 5,5 pmol/L)≥ 25 pg/mL (≥ 5,5 pmol/L)
Automne< 75 pg/mL (< 16,7 pmol/L)≥ 75 pg/mL (≥ 16,7 pmol/L)

Plage de détection du test : 1,0 à 2000 pg/mL, soit 0,220 à 440 pmol/L.

Un résultat à 50 pg/mL en mars désigne un cheval à explorer. Le même résultat en septembre reste dans les valeurs attendues. Sans la date du prélèvement, le chiffre ne veut rien dire, et un compte rendu qui n'affiche qu'un intervalle unique conduit à sur-diagnostiquer en automne et à rassurer à tort le reste de l'année.

Les seuils publiés varient d'une méthode de dosage à l'autre, et parfois d'un laboratoire à l'autre pour une même méthode. Ceux du tableau ci-dessus valent pour ce test. Référez-vous toujours à la notice de celui que vous employez.

L'automne, meilleure fenêtre de dépistage

La montée automnale n'est pas un artefact à contourner. Elle est physiologique, liée à la photopériode, et elle concerne tous les chevaux : sains, suspects, atteints.

Son intérêt vient de là. Chez un cheval sain, l'augmentation reste modérée. Chez un cheval en début de PPID, la pars intermedia qui a perdu son frein dopaminergique répond de façon exagérée à la même stimulation saisonnière. L'écart entre les deux populations se creuse précisément au moment où l'on croit devoir s'abstenir de doser.

Un cheval suspect dont l'ACTH revient normale au printemps mérite donc un contrôle à la fin de l'été plutôt qu'un classement sans suite. C'est en août, septembre et octobre que les formes débutantes se démasquent.

Ce qui fausse un dosage

Deux sources d'erreur, et elles ne se voient pas sur le résultat.

La dégradation dans le tube. L'ACTH est un peptide fragile. Elle se dégrade d'autant plus vite que l'échantillon reste entier, chaud et longtemps. Un prélèvement expédié le vendredi qui arrive le lundi rend un chiffre plus bas que la réalité, et un cheval atteint peut ressortir normal. Quand le dosage part au laboratoire, la centrifugation rapide et l'expédition du plasma séparé au frais ne sont pas des précautions de confort.

C'est aussi le meilleur argument en faveur du dosage sur place : un tube analysé dans l'heure ne se dégrade pas. L'évaluation de ce test a été menée sur 45 sérums équins frais, avec une corrélation de 0,996 face à un automate d'immuno-analyse de laboratoire, ce qui est le niveau attendu pour un paramètre de suivi. Le détail figure sur la page validation analytique.

Le stress aigu. L'ACTH est une hormone de stress ; un cheval qui vient de subir un transport, une contention difficile ou une douleur vive verra sa concentration monter. Un cheval fourbu en crise n'est pas dans de bonnes conditions pour un dépistage. Prélevez sur un animal calme, dans son environnement, avant les autres manipulations. Un exercice intense récent ou une maladie intercurrente sévère justifient de reporter.

Que faire d'un résultat équivoque

Une valeur légèrement au-dessus du seuil, sur un cheval dont la clinique n'est pas franche, ne tranche pas. Trois voies raisonnables.

Recontrôler à distance, en automne si le premier dosage a été fait au printemps, en gardant la même méthode. Compléter par un test dynamique à la TRH, plus sensible pour les formes précoces, qui repose lui aussi sur une mesure d'ACTH. Ou explorer en parallèle la dysrégulation insulinique, fréquemment associée et qui porte l'essentiel du risque de fourbure : le sujet est traité dans le guide sur l'insuline et le syndrome métabolique équin.

Attention à ne pas transformer une valeur normale en exclusion définitive. Un PPID débutant hors automne rend régulièrement une ACTH dans les clous.

Ne pas confondre avec le syndrome métabolique

Les deux maladies envoient le même cheval en consultation, pour la même raison : une fourbure. Elles ne se traitent pas de la même façon, et elles coexistent souvent.

Le PPID est une affection hypophysaire du cheval âgé. Le syndrome métabolique équin est une dysrégulation de l'insuline, plus fréquente entre cinq et seize ans, marquée par une adiposité localisée ou générale. Un cheval de vingt ans qui fourbure peut relever de l'un, de l'autre, ou des deux, et une ACTH augmentée ne dit rien de son statut insulinique.

Concrètement, devant une fourbure d'origine endocrinienne, doser les deux vaut mieux que doser l'un puis conclure. C'est l'insuline qui porte le risque podal immédiat et qui commande la conduite alimentaire ; c'est l'ACTH qui commande le pergolide. Traiter un PPID sans regarder l'insuline laisse en place ce qui abîme le pied.

Suivre un cheval traité

Le contrôle sous pergolide se fait sans interrompre le traitement, et à la même période de l'année que le dosage précédent. Comparer un résultat de novembre à un résultat de mai n'apprend rien sur l'efficacité de la molécule, seulement sur la saison.

Un premier contrôle quatre à six semaines après l'instauration permet d'ajuster la dose. Ensuite, un contrôle annuel suffit chez un cheval stabilisé, à condition de le programmer toujours au même moment. Les propriétaires acceptent d'autant mieux ce rythme que le résultat leur est rendu pendant la visite.


Contenu destiné aux professionnels de santé animale. Les valeurs d'interprétation citées sont celles du test ImMScan et ne remplacent ni la notice du réactif employé, ni l'examen clinique.

Questions fréquentes

Non, c'est au contraire la meilleure période pour dépister un PPID débutant, à condition d'appliquer le seuil d'automne. L'ACTH monte chez tous les chevaux à cette saison, mais elle monte beaucoup plus chez les chevaux atteints : l'écart entre sain et malade est plus large qu'au printemps.

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