Progestérone chez la chienne : quand saillir
Publié le 11 septembre 2026 · 5 min de lecture
Un suivi de chaleurs mal calé coûte une saillie, parfois une portée, et toujours la confiance de l'éleveur. La progestéronémie est le seul outil qui situe l'ovulation avec assez de précision pour décider d'un jour plutôt que d'un autre, à condition d'en faire une courbe et pas une photographie.
Ce que la progestérone raconte du cycle
Contrairement à ce que l'on suppose souvent, la progestérone commence à monter avant l'ovulation chez la chienne. La lutéinisation des follicules précède leur rupture, ce qui donne au dosage sa valeur prédictive : on voit venir l'événement au lieu de le constater après coup.
Le repère central est le pic de LH, que l'on ne dose pas en pratique courante mais qui correspond à une progestéronémie d'environ 2 ng/mL. L'ovulation survient à peu près quarante-huit heures plus tard, quand la concentration passe la zone des 4 à 10 ng/mL. Les ovocytes ne sont pas fécondables immédiatement : il leur faut encore deux jours de maturation.
D'où la règle qui gouverne tout le reste : la fenêtre de fécondation s'ouvre deux jours après l'ovulation, pas le jour où la courbe décolle.
Le calendrier des dosages
Premier dosage vers le cinquième ou le septième jour des pertes, plus tôt chez une chienne qui a déjà ovulé précocement lors d'une chaleur précédente. Ensuite, l'espacement se resserre à mesure que la valeur monte.
| Progestéronémie | Prochain dosage |
|---|---|
| < 1 ng/mL | dans 3 à 4 jours |
| 1 – 2,5 ng/mL | dans 2 jours |
| 2,5 – 5 ng/mL | le lendemain |
| 5 – 10 ng/mL | le lendemain, jusqu'à confirmer l'ovulation |
| > 10 ng/mL | ovulation passée, on compte les jours |
Un suivi correct demande quatre à six dosages. C'est là que le rendu sur place cesse d'être un confort : une valeur à 4 ng/mL rendue le lendemain matin décrit une chienne qui a ovulé la veille, et la fenêtre s'est déplacée pendant le transport de l'échantillon.
Choisir le jour selon la semence
Le type de semence dicte tout, parce que la durée de vie des spermatozoïdes n'est pas la même.
| Semence | Moment optimal | Fenêtre |
|---|---|---|
| Saillie naturelle ou semence fraîche | 2 à 4 jours après l'ovulation | large |
| Semence réfrigérée | 2 à 3 jours après l'ovulation | intermédiaire |
| Semence congelée | 3 jours après l'ovulation | étroite, de l'ordre de 24 heures |
Avec de la semence congelée, l'erreur d'un jour se paie par un échec. C'est le cas où la précision du calage justifie à elle seule un dosage quotidien.
Les valeurs correspondantes se situent grossièrement entre 15 et 25 ng/mL pour une saillie naturelle, mais ce repère est moins fiable que le décompte en jours depuis l'ovulation : après le pic, la progestérone continue de monter à un rythme qui varie beaucoup d'une chienne à l'autre.
Prédire la mise bas
La gestation de la chienne dure 63 jours à un jour près à compter de l'ovulation. Comptée depuis la saillie, elle semble s'étaler de 57 à 72 jours, ce qui ne permet aucune programmation sérieuse.
Un suivi d'ovulation bien mené donne donc, gratuitement, une date de terme fiable. C'est décisif pour les races à césarienne quasi systématique, où opérer trop tôt donne des chiots immatures et trop tard fait perdre la portée.
Le second repère est la chute pré-partum : quand la progestérone repasse sous 2 ng/mL, la mise bas survient dans les vingt-quatre à quarante-huit heures. Un dosage le matin de la date prévue permet de décider d'opérer le jour même ou d'attendre.
Ne jamais changer de méthode en cours de chaleur
Les valeurs absolues de progestérone dépendent de la technique de dosage. Deux méthodes correctes peuvent rendre 6 et 8 ng/mL sur le même sérum, et l'écart n'est pas une erreur : c'est la calibration.
Sur une courbe de suivi, ce décalage est catastrophique. Un point mesuré ailleurs, inséré au milieu d'une série faite au cabinet, peut simuler un plateau ou une montée qui n'existent pas. Une chaleur se suit d'un bout à l'autre avec la même méthode, quelle qu'elle soit.
C'est aussi l'argument le plus solide en faveur du dosage interne : il garantit la continuité de la série, et il supprime le délai qui, sur un paramètre qui bouge en vingt-quatre heures, n'est pas rattrapable. Notre évaluation de la progestérone canine porte sur 46 échantillons cliniques, avec 98 % de concordance face à un test rapide vétérinaire de référence ; le détail figure sur la page validation analytique.
Comme pour tout dosage, les seuils d'interprétation appartiennent à la méthode qui les produit. Reportez-vous à la notice du test que vous employez, et gardez en tête la conversion utile quand un compte rendu arrive en unités différentes : 1 ng/mL équivaut à 3,18 nmol/L.
Les autres usages du dosage
Le suivi de chaleurs n'épuise pas le sujet. La progestérone confirme un reliquat ovarien chez une chienne stérilisée qui présente des chaleurs, et permet de statuer sur un statut de stérilisation inconnu. Elle documente une hypolutéinie chez une chienne qui avorte de façon répétée en milieu de gestation. Elle aide enfin à interpréter une gestation qui n'évolue pas comme prévu.
Dans un élevage, ces indications s'ajoutent au suivi de chaleurs et changent le calcul : une clinique qui suit une dizaine d'éleveurs réalise plusieurs centaines de dosages par an. L'audit de rentabilité chiffre ce que cette activité laisse aujourd'hui à un laboratoire extérieur.
Contenu destiné aux professionnels de santé animale. Les repères chiffrés cités relèvent de la pratique publiée et dépendent de la méthode de dosage employée. Ils ne remplacent ni la notice du réactif, ni l'examen clinique.
Questions fréquentes
Vers le cinquième au septième jour des pertes sanglantes, plus tôt chez une chienne dont on sait qu'elle ovule précocement. Commencer trop tard fait rater le début de la montée et oblige à raisonner sur une courbe amputée ; commencer trop tôt ne coûte qu'un dosage.
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