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D-dimères du chien : thrombose, embolie et CIVD

Publié le 19 septembre 2026 · 8 min de lecture

Un cocker traité depuis trois jours pour une anémie hémolytique à médiation immune devient brutalement dyspnéique. Radiographie peu parlante, saturation qui baisse, angioscanner hors de portée pour un animal aussi instable. La question est simple, et urgente : embolie pulmonaire ou pas ? C'est exactement la question à laquelle le D-dimère a été conçu pour répondre, à condition de savoir ce qu'il dit et ce qu'il ne dit pas.

Une maladie fréquente, et rarement vue

La thrombose accompagne des affections que l'on soigne tous les jours. Le consensus vétérinaire sur l'usage des antithrombotiques en soins intensifs (CURATIVE, 2019) liste les maladies canines à risque élevé : anémie hémolytique à médiation immune, néphropathie avec perte de protéines, hyperadrénocorticisme, pancréatite, sepsis, tumeurs, cardiopathies.

Elle reste pourtant sous-diagnostiquée. L'embolie pulmonaire est retrouvée à l'autopsie chez une part importante des chiens morts d'anémie hémolytique immune, et rarement diagnostiquée de leur vivant. Ses signes, dyspnée aiguë, hypoxémie, collapsus, sont ceux de bien d'autres urgences. La coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), elle, complique le sepsis, le syndrome dilatation-torsion, l'hémangiosarcome, le coup de chaleur ou la pancréatite sévère, et tue par thrombose avant de faire saigner.

Ce qu'est un D-dimère

Quand la coagulation s'active, la thrombine transforme le fibrinogène en fibrine. Le facteur XIII relie ensuite les molécules de fibrine entre elles par des liaisons covalentes, les liaisons D-D : le caillot est réticulé. Quand la plasmine dissout ce caillot, elle libère des fragments qui portent encore ces liaisons. Ce sont les D-dimères.

Ils ne peuvent provenir que d'un caillot réticulé en cours de lyse. Un D-dimère élevé atteste donc deux choses à la fois : un thrombus s'est formé, et il est en train de se dissoudre. Sa demi-vie est de quelques heures chez le chien : une valeur haute traduit un processus récent ou en cours.

C'est ce qui le distingue des temps de coagulation. Le temps de prothrombine et le temps de céphaline activée mesurent la capacité du sang à former un caillot. Ils peuvent être parfaitement normaux pendant qu'un thrombus obstrue une artère pulmonaire.

Ce qu'une valeur dit

Une valeur basse écarte. Pas de fibrinolyse active de caillot réticulé : la thrombo-embolie en cours et la CIVD active deviennent très improbables. Chez un chien dyspnéique à risque, un D-dimère normal réoriente vers le poumon, le cœur ou les voies aériennes, et évite une anticoagulation à l'aveugle.

Une valeur haute alerte. Elle impose de chercher le caillot, par échographie, radiographie thoracique ou angioscanner, ou la CIVD, par la numération plaquettaire et le bilan d'hémostase. Plus la valeur est haute, plus la thrombose est probable. Des dosages répétés disent si le processus s'amplifie ou se résout.

La règle tient en une phrase : le D-dimère exclut mieux qu'il n'affirme. Chez les chiens sains, les valeurs publiées restent sous 250 ng/mL ; chez les chiens en thrombo-embolie, elles se situent autour de 2 000 ng/mL. Une réserve importante : chez l'animal hospitalisé en état critique, presque tous les D-dimères sont élevés et le test ne discrimine plus. Sa valeur d'exclusion est la plus forte chez l'animal moins malade.

D-dimères (repères du test ImMScan)Lecture
0 à 250 ng/mLNormal : thrombose active improbable
250 à 1 000 ng/mLThrombose non exclue : confronter à la clinique et à l'imagerie
Plus de 1 000 ng/mLThrombus ou CIVD possibles : examens complémentaires ; chez un chien dyspnéique, thrombose probable

Plage de mesure : 50 à 10 000 ng/mL. Les valeurs publiées dans la littérature proviennent d'autres méthodes et ne se transposent pas telles quelles.

La CIVD : un faisceau, pas un test

Aucun examen isolé ne diagnostique une CIVD. On la retient lorsqu'au moins trois anomalies sont réunies chez un animal atteint d'une maladie qui peut la déclencher :

  • thrombopénie ;
  • temps de prothrombine ou de céphaline activée allongés ;
  • fibrinogène abaissé, en sachant qu'il peut rester normal ou élevé puisqu'il monte aussi avec l'inflammation ;
  • antithrombine abaissée ;
  • D-dimères élevés ;
  • schizocytes sur le frottis.

Le D-dimère est le marqueur de la phase thrombotique. Il monte dès que la fibrine se forme et se lyse, souvent avant la chute des plaquettes et l'allongement des temps. Dans la CIVD du chien, il est plus sensible que les produits de dégradation de la fibrine. Suivi toutes les 12 à 24 heures pendant la phase critique, il guide le pronostic : une valeur qui baisse avec la correction de la cause est un bon signe.

Les temps de coagulation et le fibrinogène se mesurent en quelques minutes sur 20 µL de sang total citraté avec le CoagScan. Le bilan d'hémostase complet se fait alors au cabinet, pas le lendemain.

Où le doser chez le chien

SituationCe que l'on doseCe que l'on en tire
Dyspnée ou hypoxémie aiguë inexpliquée chez un chien à risqueD-dimères et radiographieNormal : thrombo-embolie improbable. Élevé : anticoagulation et imagerie, nouveau dosage à 24 h
Suspicion de CIVD : sepsis, torsion, hémangiosarcome, pancréatiteD-dimères, plaquettes, temps de coagulation, fibrinogèneCompter les critères, suivre la tendance toutes les 12 à 24 h
Anémie hémolytique immune, néphropathie avec perte de protéinesD-dimères à l'admission, puis en suiviObjectiver le risque, ajuster la prévention, détecter l'embolie tôt
Traitement adulticide de la dirofilarioseD-dimères avant, puis après chaque injectionSuivre les embolies liées à la mort des vers ; repos strict tant que la valeur monte
Patient cancéreuxD-dimères au bilan et en suiviRisque thrombotique, activité tumorale ; baisse attendue après exérèse
Chien sous anticoagulantD-dimères répétés, sur le même analyseurUne baisse traduit le contrôle du processus ; une remontée impose de réévaluer

Dans le cancer, les tumeurs malignes et métastatiques activent la coagulation et élèvent le D-dimère, qui redescend après l'exérèse ; les tumeurs bénignes ne l'élèvent pas. Il objective le risque thrombotique d'un patient cancéreux et suit la réponse au traitement. Ce n'est pas un test de dépistage du cancer.

Ce qui l'élève sans thrombose

  • Hémorragie interne, hématome, traumatisme : la fibrine de l'hémostase se lyse aussi.
  • Chirurgie récente : élévation attendue pendant plusieurs jours.
  • Inflammation sévère, sepsis sans CIVD, tumeurs, atteintes hépatiques ou rénales, épanchements.

Un hémoabdomen donne un D-dimère élevé, que la cause soit un hémangiosarcome ou une rupture splénique bénigne : le test ne les distingue pas. Après une splénectomie, une valeur haute est attendue ; c'est une remontée après le cinquième jour, ou l'apparition d'autres critères de CIVD, qui doit inquiéter.

Ce qui le rend ininterprétable

  • Un prélèvement laborieux, un tube mal rempli, un échantillon congelé et décongelé plusieurs fois : la coagulation s'active ou se dégrade dans le tube.
  • Une hémolyse, une lipémie ou un ictère marqués.
  • Un changement de méthode entre deux dosages. Deux unités coexistent, et les équivalents fibrinogène valent le double des unités D-dimère : on ne compare que des résultats de la même méthode.

Le prélèvement se fait sur EDTA, franc, mélangé par retournements, analysé dans les deux heures ou conservé entre 2 et 8 °C 48 heures au plus.

Et chez le chat ?

Le besoin existe. La thrombo-embolie aortique complique la cardiomyopathie hypertrophique et reste une des urgences les plus graves de l'espèce ; la CIVD accompagne le sepsis, la pancréatite, les tumeurs et la PIF.

Les données, elles, sont décevantes. Les études publiées ne retrouvent pas de différence nette de D-dimères entre chats sains, chats malades et chats cardiomyopathes, et la distinction entre chats en CIVD et chats malades sans CIVD reste médiocre. Des travaux récents montrent que certains anticorps qui reconnaissent bien le D-dimère canin reconnaissent mal le D-dimère félin.

Le test ImMScan est annoncé pour le chien et le chat, et il concorde avec une méthode de référence sur des plasmas félins. Cela montre que les deux méthodes mesurent la même chose, pas que la mesure reflète la thrombose du chat : aucune n'a de validation clinique féline publiée. Chez le chat, on retient surtout la valeur d'exclusion d'un résultat bas. Pour le risque thrombo-embolique du chat cardiaque, l'échocardiographie et le NT-proBNP restent les guides.

Le test sur l'ImMScan

Le dosage se fait sur 10 µL de plasma ou 15 µL de sang total EDTA, avec un résultat quantitatif en 5 minutes. Jusqu'ici, le D-dimère canin partait au laboratoire, avec une réponse sous 24 à 48 heures, hors délai pour une embolie ou une CIVD. Au cabinet, le chien dyspnéique est trié avant la fin de l'examen clinique, et le suivi toutes les 12 à 24 heures devient possible.

Sur 45 échantillons cliniques de chiens et de chats dosés en parallèle avec un test rapide vétérinaire de référence, la concordance est de 95,5 %. Le détail est publié sur la page validation analytique.


Contenu destiné aux professionnels de santé animale. Les seuils cités sont ceux du test ImMScan ; les valeurs publiées proviennent d'autres méthodes. Un D-dimère s'interprète avec la clinique, l'hémogramme, les temps de coagulation et l'imagerie, jamais seul.

Questions fréquentes

Il la rend très improbable chez un chien qui n'est pas en état critique : c'est sa valeur prédictive négative qui fait la force du test. La réserve concerne l'animal hospitalisé en soins intensifs, chez qui presque tous les D-dimères sont élevés et où quelques embolies ont été décrites avec une valeur normale. Si la suspicion clinique est forte, l'imagerie reste justifiée.

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