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NT-proBNP et troponine I chez le chien et le chat

Publié le 7 septembre 2026 · 10 min de lecture

Un chat arrive en dyspnée, gueule ouverte, impossible à coucher pour une radiographie sans risquer de le perdre. Un petit chien tousse depuis trois semaines, il a un souffle, et son propriétaire veut savoir si c'est le cœur. Dans ces deux situations, un bilan sanguin de quelques minutes déplace la décision, à condition de ne pas s'arrêter à un seul marqueur.

Deux marqueurs, deux questions différentes

Le bilan cardiaque biologique repose sur deux dosages complémentaires. Le NT-proBNP ne suffit pas à lui seul pour un diagnostic précis chez le chien et le chat : la troponine I est indispensable pour le compléter.

Le NT-proBNP mesure la contrainte. Les cardiomyocytes fabriquent une prohormone, le proBNP, en réponse à l'étirement de la paroi cardiaque. Quand la pression ou le volume augmentent, cette prohormone est clivée en deux fragments : le BNP, biologiquement actif et fugace, et le NT-proBNP, inactif. C'est le fragment inactif que l'on dose, parce qu'il est plus stable et que sa concentration reste interprétable sur un prélèvement qui a attendu un peu. Le NT-proBNP monte quand le cœur travaille sous tension, pas parce qu'une lésion existe.

La troponine I mesure la lésion. La troponine I cardiaque (cTnI) est une protéine de l'appareil contractile, propre au myocarde. Elle ne passe dans le sang que lorsque des cardiomyocytes sont endommagés ou meurent. C'est le marqueur de référence de la souffrance myocardique, qu'elle soit liée à une cardiopathie primitive ou à une maladie générale qui atteint le cœur.

Un cœur peut être très contraint sans lésion importante, et lésé sans surcharge majeure. Doser un seul des deux, c'est ne voir qu'une moitié du tableau.

Lire les deux résultats ensemble

NT-proBNPTroponine IOrientation
NormalNormaleDécompensation cardiaque très improbable : explorer les autres causes
ÉlevéNormale ou peu élevéeSurcharge de pression ou de volume : cardiopathie à confirmer à l'échocardiographie
Normal ou peu élevéÉlevéeAtteinte myocardique sans surcharge majeure : myocardite, contusion, choc, sepsis, toxicité, cardiopathie débutante
ÉlevéÉlevéeCardiopathie avec souffrance myocardique active : pronostic plus réservé, échocardiographie sans délai

Ce tableau oriente, il ne conclut pas. Chaque profil se relit à la lumière de l'examen clinique, de la fonction rénale et de l'imagerie.

Chez le chat : trancher une dyspnée

C'est l'indication où le bilan change le plus de choses. Un chat en détresse respiratoire pose un problème circulaire : l'examen qui permettrait de savoir d'où vient la dyspnée est celui que l'animal supporte le moins bien.

Une prise de sang jugulaire de quelques secondes est mieux tolérée qu'un décubitus pour radiographier. Un NT-proBNP bas rend l'œdème pulmonaire cardiogénique très improbable et autorise à explorer la piste respiratoire, asthme félin en tête. Un NT-proBNP franchement élevé oriente vers la décompensation cardiaque et fait démarrer le traitement pendant qu'on stabilise. La troponine I complète la lecture : élevée, elle confirme que le myocarde souffre et assombrit le pronostic.

La deuxième indication féline est le souffle découvert par hasard, chez un chat sans signe. La cardiomyopathie hypertrophique est fréquente, souvent silencieuse, et tous les chats qui ont un souffle n'en ont pas une. Chez le chat atteint de cardiomyopathie hypertrophique, la troponine I augmente avec la sévérité de l'atteinte et a une valeur pronostique propre. Le couple NT-proBNP et troponine I permet de trier ceux qu'il faut envoyer en échocardiographie. Même logique avant une anesthésie chez un chat de race prédisposée.

NT-proBNP félinInterprétation
< 100 pmol/LRisque faible ; contrôle à 6-12 mois si facteur de risque
100 – 270 pmol/LIntermédiaire : échocardiographie recommandée
≥ 270 pmol/LChez le chat dyspnéique, insuffisance cardiaque probable

Plage de détection : 50 à 1500 pmol/L.

Troponine I félineInterprétation
< 0,16 ng/mLNormale
0,16 – 0,25 ng/mLSuspicion de lésion myocardique
> 0,25 ng/mLRisque élevé de lésion myocardique

Plage de détection : 0,02 à 16,5 ng/mL.

Un piège propre au chat : le NT-proBNP félin se dégrade à température ambiante. Un échantillon qui voyage plusieurs heures peut rendre une valeur faussement basse, donc faussement rassurante. Le sérum ou le plasma EDTA se sépare vite et s'analyse sans délai, ou se conserve entre 2 et 8 °C 48 heures au plus.

Chez le chien : la toux du petit chien à souffle

La maladie valvulaire dégénérative mitrale est si fréquente chez le cavalier king charles, le caniche ou le yorkshire qu'un souffle finit par sembler explicatif de tout. Il ne l'est pas. Un chien peut porter un souffle depuis quatre ans et tousser à cause d'un collapsus trachéal ou d'une bronchite chronique.

Un NT-proBNP dans les valeurs attendues chez un chien qui tousse déplace franchement la recherche vers l'appareil respiratoire. Une valeur élevée réoriente vers le cœur et justifie l'imagerie. Dans la maladie valvulaire, la troponine I s'élève avec l'évolution de la maladie et une valeur haute s'associe à un pronostic plus sombre.

Chez le chien, la troponine I a aussi des indications où le NT-proBNP est peu informatif :

  • la cardiomyopathie dilatée débutante, notamment chez le dobermann, où elle peut s'élever avant les signes cliniques ;
  • les myocardites, infectieuses ou non : leishmaniose, babésiose, parvovirose, maladie de Lyme ;
  • les atteintes myocardiques secondaires : syndrome dilatation-torsion de l'estomac, traumatisme thoracique, choc, sepsis, coup de chaleur, anémie sévère ;
  • la toxicité médicamenteuse, en particulier sous doxorubicine ;
  • l'épanchement péricardique, où une troponine I élevée fait davantage suspecter un hémangiosarcome qu'un épanchement idiopathique.

Dans ces situations, le suivi de la troponine I sur les 24 à 72 premières heures renseigne sur l'évolution de la souffrance myocardique.

NT-proBNP caninInterprétation
< 900 pmol/LRisque faible
900 – 1800 pmol/LZone grise : exploration recommandée
≥ 1800 pmol/LCardiopathie probable : bilan cardiaque

Plage de détection : 5 à 10 000 pmol/L.

Troponine I canineInterprétation
< 0,03 ng/mLNormale
0,03 – 0,12 ng/mLSuspicion de lésion myocardique
> 0,12 ng/mLRisque élevé de lésion myocardique

Plage de détection : 0,01 à 20 ng/mL.

Entre 900 et 1 800 pmol/L, ni l'insuffisance cardiaque ni son absence ne peuvent être affirmées. Certaines races, lévrier et labrador notamment, ont des valeurs physiologiquement plus hautes. Les seuils canins et félins n'ont ni les mêmes valeurs ni les mêmes bornes, et ils dépendent de la méthode de dosage : ceux publiés ici sont ceux des tests ImMScan, et ne se comparent pas à ceux d'un autre analyseur.

Dépister les races à risque

Le bilan ne sert pas qu'aux animaux malades. Chez les races prédisposées, il repère la phase occulte, avant tout symptôme.

Le dobermann et la cardiomyopathie dilatée. Dans les études de référence, un NT-proBNP supérieur à 400 pmol/L signale une dysfonction systolique débutante, et une troponine I élevée détecte la phase occulte avec une sensibilité proche de 80 %. Les deux marqueurs ne repèrent pas exactement les mêmes chiens : dosés ensemble chaque année, ils complètent l'échocardiographie et le Holter, sans les remplacer. Même logique chez le boxer et le dogue allemand.

Le petit chien à souffle mitral. Un NT-proBNP élevé chez un chien sans symptôme signale une cardiomégalie probable et justifie l'échocardiographie, qui seule confirme le stade B2 du consensus ACVIM. Au-delà de 1 500 pmol/L environ, le risque de décompensation dans les mois qui suivent est accru. Chez ces chiens, la survie est la plus courte quand les deux marqueurs sont élevés.

Le chat de race prédisposée. Maine coon, ragdoll, persan, sphynx, british shorthair : un NT-proBNP élevé est fiable pour désigner une cardiomyopathie, mais un résultat normal n'exclut pas une forme débutante. La troponine I, elle, n'aide pas au tri mais au pronostic : élevée, elle s'associe à une survie plus courte. On dépiste avec l'un, on pronostique avec l'autre.

Quand doser, et quoi

SituationDosageLecture
Souffle, galop ou arythmie chez un animal sans signeLes deuxÉchocardiographie si l'un des deux est anormal
Toux ou dyspnée : cœur ou poumon ?NT-proBNP, troponine I en complémentNormal : cause respiratoire probable. Élevé : cœur, la troponine dit si la décompensation est active
Dépistage annuel des races à risqueLes deuxRepérer la phase occulte, en complément de l'imagerie
Avant l'anesthésie d'un chat à risqueNT-proBNPNormal : cardiopathie significative improbable. Élevé : échocardiographie avant l'anesthésie
Maladie grave non cardiaque : torsion d'estomac, sepsis, traumatismeTroponine IÉvaluer l'atteinte myocardique secondaire, nouveau dosage à 24-48 h
Cardiopathie traitéeLes deux, tous les 3 à 6 moisNT-proBNP qui baisse : réponse au traitement. Troponine qui monte : aggravation active

Pour un suivi, on redose toujours sur le même analyseur : c'est la tendance qui compte.

Ce qui fait monter les chiffres sans cardiopathie

Quatre situations à connaître, parce qu'elles produisent des valeurs hautes chez des animaux dont le cœur n'est pas en cause.

L'insuffisance rénale. Le NT-proBNP s'élimine par le rein. Chez un animal azotémique, la concentration monte mécaniquement. La troponine I est elle aussi modérément augmentée en cas de maladie rénale chronique. Un chat en maladie rénale chronique avec des marqueurs cardiaques modérément augmentés ne relève pas forcément de la cardiologie. Regarder la fonction rénale en parallèle évite la mauvaise conclusion, et la SDMA est le paramètre qui la situe le plus tôt.

L'hyperthyroïdie féline. Elle augmente la fréquence et le travail cardiaque, et fait monter le NT-proBNP comme la troponine I même sans cardiomyopathie primitive. Les deux valeurs baissent souvent une fois la thyroïde contrôlée. Chez un chat âgé, un dosage de T4 totale se justifie avant de conclure.

L'hypertension artérielle systémique. Elle impose au ventricule gauche un travail supplémentaire qui se traduit dans les dosages.

Un effort ou un stress important juste avant le prélèvement. L'effet est modeste comparé aux trois autres, mais il existe.

Pour la troponine I, il faut garder en tête que toute maladie générale sévère peut léser le myocarde. Une troponine élevée chez un animal en choc ou en sepsis signale une vraie souffrance cardiaque, mais pas forcément une cardiopathie primitive.

Enfin, aucun des deux marqueurs ne détecte un caillot. Chez le chien dyspnéique à risque thrombotique, anémie hémolytique immune ou néphropathie avec perte de protéines, c'est le D-dimère qui pose la question de l'embolie pulmonaire.

Ce que le bilan ne fait pas

Il ne dit pas quelle cardiopathie. Il ne donne pas de stade. Il ne mesure ni la taille de l'oreillette gauche, ni la fraction de raccourcissement, ni la présence d'un thrombus. Il ne remplace pas l'échocardiographie et ne prétend pas la remplacer.

Ce qu'il apporte, c'est une orientation en quelques minutes dans un moment où l'on n'a ni le temps ni la stabilité de l'animal pour faire mieux : le NT-proBNP pour savoir si le cœur est sous tension, la troponine I pour savoir s'il est lésé. Chez un chat dyspnéique à trois heures du matin, c'est exactement ce dont on a besoin.

Sur l'ImMScan, les deux paramètres existent séparément et en test combiné NT-proBNP/cTnI, chez le chien comme chez le chat, pour obtenir les deux réponses sur un même prélèvement. Le rendu sur place a une conséquence discrète mais réelle : la décision se prend pendant la consultation, pas le lendemain au téléphone. Pour le NT-proBNP, sur les 25 échantillons cliniques félins et les 25 échantillons canins de notre évaluation, la concordance avec le test rapide vétérinaire de référence atteint 92 % dans les deux cas. Le détail est publié sur la page validation analytique.


Contenu destiné aux professionnels de santé animale. Les valeurs d'interprétation citées sont celles du test ImMScan et ne remplacent ni la notice du réactif employé, ni l'examen clinique.

Questions fréquentes

Non. Le NT-proBNP renseigne sur la contrainte que subit le myocarde, pas sur la lésion des cardiomyocytes. C'est la troponine I qui mesure cette lésion. Les deux marqueurs se lisent ensemble : un NT-proBNP isolé laisse passer les atteintes myocardiques sans surcharge majeure et ne dit rien de la gravité de la souffrance cellulaire.

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